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Rencontre avec une auteure de langue allemande

Emine Sevgi Özdamar

Le 30 mars 2016 Emine Sevgi Özdamar a présenté son livre "Mutterzunge" à l’auditorium du lycée Sarcey.

Les élèves, notamment de la section Abibac ont pris des notes lors de l’entretien avec elle. Voici quelques questions et réponses :

1) Pourquoi êtes-vous en France actuellement ?

Elle a été invitée par la Sorbonne pour un mois, où elle dispense des cours à des étudiants (certains font leur thèse sur ses oeuvres).
Sinon elle a été souvent en France (pour le théâtre). Malgré le fait que le système français ressemble à la Turquie (système centralisé), contrairement à l’Allemagne où c’est décentralisé, elle a visité beaucoup de villes françaises. Elle aime le théâtre ici, car tout le monde est aussi important, du metteur en scène aux techniciens.

2) Pourquoi avez-vous décidé dans les années 70 de quitter la Turquie pour venir en Allemagne ?

A ses yeux, le mouvement de ’68 était mondial, il a eu lieu également en Turquie. Mais suite au putsch militaire, le metteur en scène du théâtre célèbre où elle travaillait s’est fait arrêter. Elle ne pouvait plus exercer son métier normalement. Dans une dictature, on ne peut plus dire ce qu’on veut ; ainsi on peut perdre les mots de sa langue maternelle. Son rêve est alors devenu réalité quand elle est arrivée à Berlin-Est, puis quand elle est partie à Paris.

3) Est-ce que ce livre "Mutterzunge"(langue maternelle) était une nécessité pour vous ? Comment avez-vous trouvé l’idée d’écrire ce livre ? Quelle était votre intention ?

Son premier roman traitait de l’enfance, d’une fille dans le ventre de sa mère. Özdamar téléphonait souvent à ses parents (elle était à Berlin, eux à Istanbul). Un jour, la voix de sa mère lui parut très faible, comme si "elle était assise dans le noir". Cela rendit Özdamar inquiète. Elle a arrêté son premier roman pour écrire Mutterzunge, comme dans une fièvre. Elle est ensuite venue en Turquie et a raconté son roman à ses parents, sans toutefois donner le titre. Deux jours plus tard, sa mère est morte. Elle pense donc avoir eu le pressentiment qu’elle perdrait bientôt sa mère, c’est pourquoi la thématique de la perte de la langue maternelle (dans tous les sens du terme) est intense dans son livre.

4) Est-ce que votre livre est une fiction ou une autobiographie ?

Özdemar n’a pas réellement perdu le turc. Mais elle a remarqué que certains mots ne la touchaient plus, et elle prit peur, car cela signifiait qu’elle n’est plus curieuse de ce que les gens racontent. En écrivant le roman, elle ne savait pas comment il se terminerait.

5) Que signifie pour elle la phrase sur la page du titre ?

Depuis que sa mère est morte, elle ne peut plus lire l’arabe. Pour elle, il y a une grande différence entre l’arabe parlé et l’arabe écrit, qui était à l’origine utilisé seulement par le Sultan et ses fonctionnaires. Puis, on a interdit l’arabe en Turquie pour faire entrer les lettres latines. Elle et sa mère utilisaient donc les lettres latines alors que son grand-père ne lisait que l’arabe. De plus, l’arabe est associé pour elle au Coran, ce qui lui rappelle seulement l’enfer, la peur, Satan et la mort.

6) Pourquoi avez-vous choisi cette forme pour votre livre "Mutterzunge" ?

En fait elle a fait exprès de laisser des fautes d’allemand pour que le lecteur ne comprenne pas exactement tout, comme l’héroïne ne comprenait pas sa langue maternelle.

7) Vous avez vécu dans la ville de Berlin séparée : Est-ce que cette séparation est aussi une métaphore pour la "bivalence" de la narratrice dans le livre ?

Elle n’y avait pas pensé, mais ce serait beau. En effet la narratrice vient d’Istanbul, habite à Berlin Ouest et travaille à Berlin Est. Le mur n’était pas fait de pierre mais de temps. Elle ne pouvait pas s’empêcher, à chaque fois qu’elle le franchissait, de se dire "oh, mais il a plu ici aussi !"

8) Votre livre a-t-il été publié en Turquie aussi ?

Oui.

9) Avez-vous obtenu des prix pour ce livre ?

Oui, en Angleterre (il y avait un très bon traducteur, mais malheureusement il est mort du sida), elle était dans les top 20 aux USA, dans le New York Times, et a obtenu le Bachmann-Preis (premier prix dont l’allemand n’est pas la langue maternelle)...

10) Souhaitez-vous que votre livre soit adapté au cinéma ?

Mieux encore, plutôt au théâtre. Si c’était au cinéma uniquement par Godard. Au théâtre, il faut essayer 17 idées avant de voir que ça fonctionne.

11) Comment avez vous évolué en Allemagne et comment s’est passé votre adaptation à la culture allemande ?

Özdemar a vécu au théâtre, elle y a rencontré d’autres écrivains qu’elle connaissait de la Turquie. Elle a transposé Hamlet dans la réalité de notre temps.

12) Avez-vous vendu beaucoup de livres ?

Ses livres sont devenus des classiques, on peut toujours les acheter après 20 ans. Le plus important c’est qu’ils soient encore là demain.

13) Vous avez écrit beaucoup d’autres livres ?

Oui, 3 romans, 3 histoires, 6 pièces de théâtre (dont une en turc).

14) Où habitez-vous maintenant et quelle est votre relation à la Turquie ?

Elle habite à Berlin, mais elle a encore des frères et soeurs en Turquie. La Turquie est très blessée en ce moment, elle se fait du souci.

15) Est-ce que votre vision a changé ? Pourriez-vous écrire aujourd’hui un autre livre sur la langue maternelle ?

Mon livre se passerait à Istanbul, je l’écrirais plus dans l’angle du fanatisme actuel.

16) Vous sentez-vous plutôt turque ou allemande ? Est-ce une chance d’avoir une double culture ?

C’est une question à laquelle elle ne pense pas, sauf quand elle chante (elle se sent alors plus turque, sachant mieux chanter les chansons de son enfance que du Schubert). Elle a toujours détesté le nationalisme et a quelque fois eu honte d’être Turque. On lui demande souvent si elle ne se sent pas entre deux pays, ou sans patrie ? A cette question elle répond par une phrase de Godard, "il faut trahir son pays, le quitter pour un autre, pour pouvoir être en deux endroits à la fois". C’est pourquoi elle aime apprendre des langues, cela lui procure une certaine liberté.

17) Etes-vous en train d’écrire un livre ? Quel en est le sujet ?

Oui, c’est un roman écrit à la première personne, avec des endroits oniriques. Elle n’a pas le sentiment qu’il soit bientôt terminé. Chaque livre s’écrit différemment.

18) Avez-vous beaucoup voyagé ?

Elle a voyagé dans tous les pays d’Europe, elle a souvent été invitée pour ses livres, aussi aux USA, au Canada, au Brésil, et au Japon (d’ailleurs elle aime le cinéma japonais), mais elle préfère voyager dans le cinéma ou les livres.

19) Vous avez eu la chance de faire la connaissance de Brecht : comment c’était de travailler avec lui ? Faites-vous encore du théâtre aujourd’hui ?

Brecht est immortel, il vit à travers les autres. Elle a travaillé avec Beno Besson (après la mort de Brecht).

20) Pourquoi vouliez-vous devenir écrivain ? Pouvez-vous vivre de ce métier ?

Ce qui est dur dans la vie est simple au théâtre.
Elle nous a raconté un rêve : Elle était sur un bateau, avec des hommes fascistes qui lui faisaient peur. Puis, elle est arrivé dans une autre pièce où Brecht repose sur un lit. Sa femme lui dit qu’il est mort. Elle veut le réveiller, et il se réveille.

21) Quel est votre livre préféré ?

Parmi les auteurs français ce sont les livres de Camus, Rimbaud.
Sinon elle aime bien Kafka, Dostoïevski...

Merci pour votre présence dans notre lycée !


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Directeur de publication : M. VALLOT, Proviseur du Lycée Sarcey